Tapis kilim
Sur un tapis kilim, c'est la trame elle-même qui dessine, en aplats francs aux bords taillés en marches. Nos modèles de style kilim en reprennent les figures, à mi-chemin du tapis géométrique et du tapis rayé.
Un kilim est une tapisserie que l'on pose au sol
Sur un métier, deux familles de fils se croisent. La chaîne est tendue dans la longueur ; la trame passe dessus, dessous, d'une lisière à l'autre. Dans un kilim, chaque passage de trame est tassé si fort contre le précédent que la chaîne disparaît : seule la couleur de la trame reste visible. C'est le principe de la tapisserie. L'UNESCO, qui a inscrit en 2014 la tradition des kilims de Tchiprovtsi, en Bulgarie, au patrimoine culturel immatériel, décrit le geste ainsi : la tisseuse prend plusieurs fils de chaîne de la main gauche, y croise la trame, puis la serre au petit batteur, sur un métier vertical que possèdent la plupart des maisons de la ville.
Les mesures disent la même chose. Un kilim turc du XIXᵉ siècle conservé au Victoria and Albert Museum de Londres compte 20 fils de chaîne et 100 passages de trame par décimètre : cinq fois plus de trame que de chaîne, d'où l'expression de trame apparente. La chaîne ne se montre qu'aux deux bouts, là où elle sort du tissage pour former les franges.
Le tapis noué suit une autre logique. Entre deux passages de trame, on noue sur la chaîne des brins de laine que l'on coupe ensuite ; leurs extrémités forment le velours, et c'est le velours qui porte le dessin, la trame ne servant plus que de charpente. Le kilim n'a ni épaisseur de poil ni sens du velours. Il est mince, léger, et son envers vaut presque son endroit.
La fente, signature du kilim
Quand deux couleurs se rencontrent sur une verticale, chaque trame fait demi-tour sur son propre fil de chaîne, côte à côte avec sa voisine, sans jamais la croiser. Entre les deux, un jour s'ouvre : c'est la fente. Tendez un kilim devant une fenêtre, la lumière passe par ces petites boutonnières. Une fente trop longue affaiblirait l'ouvrage, alors la tisserande déplace la limite d'un fil tous les quelques passages. La verticale devient une diagonale à gradins, et tout le vocabulaire du kilim en découle : bords dentelés, losanges en escalier, triangles en dents de scie. Une courbe, à ce compte, se tisse à peine.
D'autres régions ont préféré refermer la fente. Les deux trames y tournent à tour de rôle autour du même fil de chaîne, et la jonction prend l'allure d'une fermeture à glissière, sans jour, au prix d'une verticale moins franche. L'Institut culturel iranien en Italie relève que cette trame partagée, peu employée en Anatolie, est courante dans les pièces de Géorgie, de Bessarabie et d'Afghanistan.
Comment reconnaître un vrai kilim ?
Quatre gestes suffisent, et aucun ne demande d'œil exercé. Retournez-le : le dessin est le même des deux côtés, aux bouts de fil près, rentrés dans le tissage ou laissés en courtes queues au dos. Mettez-le à contre-jour : sur un kilim à fentes, de minuscules jours s'alignent le long des verticales. Suivez une oblique du doigt : elle avance par marches, jamais d'un trait lisse. Prenez enfin une frange : sur un tissage, elle prolonge un fil de chaîne, nouée ou tressée par petits paquets ; cousue sous un ourlet, elle a été ajoutée après coup.
| Fabrication | Où naît le dessin | À l'envers | Là où deux couleurs se touchent |
|---|---|---|---|
| Kilim à fentes | Dans la trame, tassée sur la chaîne | Le même dessin | De petits jours le long des verticales |
| Kilim à trame partagée | Dans la trame | Le même dessin | Une jonction en dents de peigne, sans jour |
| Soumak, cicim | Dans une trame décorative enroulée ou brochée sur un fond plat | Des fils flottants ou coupés, dessin brouillé | Pas de fente, un léger relief à l'endroit |
| Tapis noué | Dans le velours, nœud par nœud | Les rangées de nœuds, dessin flou | Rien de visible : le poil recouvre tout |
| Dessin reproduit (impression, tissage mécanique) | À la surface, ou dans un tissage à fils mêlés | Uni, ou le dessin aux couleurs inversées | Une limite nette, des obliques lisses |
« Style kilim », « motif kilim », « façon kilim » : sur une étiquette, ces mots désignent un dessin, pas une fabrication. Les modèles de cette collection sont des tapis de style kilim : ils reprennent les figures du kilim et son allure de tapis plat.
Turc, afghan, berbère : des noms de styles, qui se lisent sur le dessin
Le kilim s'est tissé de l'Anatolie aux Balkans, du Caucase à l'Iran et à l'Afghanistan, jusqu'au Maghreb, et chaque région y a laissé sa manière. Le kilim turc, dit aussi anatolien, compose volontiers autour de grands losanges à gradins hérissés de crochets. On y nomme l'elibelinde, une silhouette aux mains sur les hanches, le göz, un losange percé d'un œil, ou le koçboynuzu, des cornes de bélier stylisées. Les sens qu'on leur prête, fertilité, protection, abondance, viennent de la tradition orale et changent d'un village à l'autre : un nom de motif décrit une forme, il ne certifie pas une provenance.
Le kilim afghan tient volontiers en bandes serrées, où de petites figures se répètent en rangs. Au Maghreb, le hanbel tissé à plat appartient à la famille des tapis berbères, qui en racontent l'histoire. Les grands velours d'Iran et d'Anatolie, eux, relèvent du tapis oriental, et leur grammaire de médaillons se lit avec nos tapis persans.
On peut s'exercer sur nos propres visuels. Kavan traverse un fond anthracite d'une large bande vermillon en zigzag, bordée de grands triangles à gradins ; dans la bande court un ruban indigo semé de crochets minuscules, et deux losanges à cœur, cousins du göz, flottent sur le sombre. Sa grande oblique, tracée d'un trait lisse, est une liberté que le métier du kilim refuse : c'est la signature d'un dessin de style kilim. On le retrouve parmi les tapis rouges. Qasim suit l'autre grande famille, celle des kilims à bandes : chevrons, échelles, carrés emboîtés et croix se relaient dans la longueur, rouge brique et bleu marine sur crème, ce qui le range aussi avec les tapis multicolores.
Mince et léger, il se pose là où l'on circule
Ce que certains reprochent au kilim, son peu d'épaisseur, devient une qualité dès qu'on bouge dessus. Sous une table, les chaises glissent sans accrocher de velours ; le recul à prévoir est celui de tous les tapis de salle à manger. Devant un canapé, il n'offre pas le moelleux d'un poil long, mais une surface nette qui laisse voir le dessin entier : c'est le bon choix pour un tapis de salon qui doit compter par sa couleur plus que par son confort. La nuance entre poil ras et tissage plat est expliquée avec nos tapis à poils ras.
Sa légèreté a une contrepartie : sur un sol lisse, carrelage ou parquet verni, un tapis plat finit par voyager. Un sous-tapis antidérapant, coupé quelques centimètres plus court que lui sur chaque bord, le tient en place et ajoute un peu de souplesse sous le pied. Gardez les franges hors du trajet de l'aspirateur et des pieds de chaise : sur un kilim, chaque frange est un bout de chaîne, et un fil arraché ne se remplace pas.
Les modèles en ligne montent jusqu'au tapis 200x300, le grand format des séjours ouverts. Avant de trancher, l'Arpentage pose Kavan sur le plan de votre pièce, à sa vraie taille. Rien à payer pour la livraison ; un tapis qui jure avec la pièce peut repartir pendant 14 jours avec un remboursement complet, et seul l'envoi du retour vous incombe.
Remontez à la sélection et lisez chaque modèle comme on lit un kilim : les bandes, les gradins, les crochets.
Sources
- Tapis turc en tapisserie à fentes, XIXᵉ siècle (chaîne 20 fils, trame 100 passages par décimètre), Victoria and Albert Museum
- La tradition de fabrication des tapis de Tchiprovtsi, patrimoine culturel immatériel, UNESCO (2014)
- Le Kilim : fentes et trames partagées, Institut culturel iranien en Italie (irancultura.it)
Questions fréquentes
C'est quoi un tapis kilim ?
Un tapis tissé à plat, sans velours ni nœuds, dont le dessin naît de la trame, serrée au point de cacher la chaîne. On rencontre aussi les graphies kélim, kelim ou gelim, selon la langue d'origine : elles désignent la même technique.
Un kilim ancien se reconnaît-il à ses couleurs ?
En partie. Les laines teintes par bains successifs, avant les colorants de synthèse, varient légèrement d'un écheveau à l'autre, et une même couleur ondule sur la largeur du tapis : on parle d'abrash. Un rose ou un bleu très vif et parfaitement égal signale souvent une teinture plus récente. L'âge se lit surtout à l'usure, aux reprises et à la souplesse de la laine ; pour une pièce ancienne, une galerie spécialisée reste le bon interlocuteur.
Peut-on laver un tapis kilim ?
Un kilim de laine se secoue, s'aspire sans brosse rotative, dans le sens de la chaîne, et se détache sur le moment : tamponnez à l'eau froide avec un chiffon blanc, sans frotter. Évitez de le tremper, les couleurs peuvent migrer et la laine se resserrer. Il sèche à plat, loin d'un radiateur. Pour un tapis de style kilim, suivez les consignes d'entretien de sa fiche.
Peut-on accrocher un kilim au mur ?
Oui, sa légèreté s'y prête, et l'usage est ancien : le kilim a servi de tenture et de cloison de tente. Cousez une bande auto-agrippante ou un fourreau de toile au dos, le long d'un bord, puis accrochez-le à une latte fixée au mur : le poids se répartit sur toute la largeur. Les clous et les pinces étirent la trame en un point, et le soleil direct fane les couleurs.
Qu'est-ce qu'un dhurrie ?
Le tapis plat traditionnel de l'Inde, le plus souvent en coton, tissé sur le même principe que le kilim : une trame qui couvre la chaîne. Il s'en distingue par sa fibre et par ses dessins, rayures, damiers, motifs plus réguliers. Dans le commerce, bien des « kilims indiens » sont des dhurries.