Tapis scandinave
Un sol clair qui renvoie la lumière basse de l'hiver, une rayure ou un losange posés sans insister : le tapis scandinave vient de pays où le soleil de décembre ne dépasse pas les toits. Il part souvent d'un tapis beige ou d'un blanc.
Au solstice, le soleil de Stockholm ne monte qu'à 7 degrés
Le 21 décembre, Stockholm a un peu plus de six heures de jour, et à midi le soleil s'élève à 7 degrés au-dessus de l'horizon. Paris en a huit et quart, avec un soleil à 18 degrés. L'écart paraît mince ; il change pourtant ce qui arrive au sol. Dans une pièce de cinq mètres de profondeur, la lumière directe qui entre par une fenêtre suédoise passe au-dessus du plancher et finit sur le mur du fond. À Paris, elle dessine encore une tache sur le parquet, à 2,80 m de la vitre et au-delà.
Le sol d'un intérieur nordique vit donc l'hiver à la lumière diffuse, celle qui vient du ciel et rebondit sur les murs. Un tapis clair et mat la renvoie dans la pièce ; un tapis sombre la garde pour lui. Voilà la raison pratique du blanc cassé, du gris perle et du bois blond, bien avant d'être une mode : on a éclairci tout ce qui pouvait l'être, le sol compris. Le mat compte autant que le clair, car une surface brillante renvoie la lumière dans une seule direction et paraît terne dès qu'on la regarde d'ailleurs.
Deux mots ont accompagné cette lumière jusqu'aux magazines de décoration. Le hygge danois désigne ce qu'on fait de ces longues soirées : des bougies, un plaid, du monde autour d'une table, et un sol sur lequel on marche en chaussettes. Le lagom suédois veut dire « juste ce qu'il faut ». Sur un tapis, le premier se traduit par un toucher, le second par une retenue : peu de couleurs, une figure, aucune bordure ornée.
Trois tapis ont précédé le tapis scandinave
Le rya vient en premier : des nœuds à longue mèche, qui ont longtemps servi de couverture avant de descendre au sol. Le Nationalmuseum de Stockholm conserve la « Silverryan » que Märta Måås-Fjetterström dessine en 1922 : un fond tissé à rayures, traversé de bandes de nœuds rya en lin dont la mèche donne au tapis un reflet d'argent. Ce mélange de plat et de relief n'a pas quitté le style. Son héritier le plus direct est le poil long : voyez la sélection de tapis à poils longs.
Le röllakan fait l'inverse : un tissage plat, sans poil, cousin du kilim, pratiqué surtout en Scanie, au sud de la Suède. Le plus ancien röllakan daté du pays porte l'année 1710. Chaque couleur y est tissée par sa propre trame, si bien que le dessin se construit en aplats à bords nets, et les pièces les plus simples s'en tiennent à la géométrie : losanges, dents, damiers. De là vient le losange sage que reprennent bien des tapis géométriques d'esprit nordique.
Le trasmatta, enfin, est un tapis de peu devenu un emblème. Après les années 1860, quand le papier se fabrique avec du bois et que les vieux linges perdent leur valeur, on les découpe en lanières pour les tisser sur une chaîne de coton ou de lin, et le tapis s'installe sur les planchers des fermes. Ses rayures dépendent des chiffons du moment et des fils de chaîne : jamais tout à fait régulières. C'est l'ancêtre de la rayure scandinave, celle de nos tapis rayés.
« Scandinave », comme étiquette de style, date d'après-guerre. De 1954 à 1957, l'exposition Design in Scandinavia circule dans 24 musées des États-Unis et du Canada et reçoit 660 000 visiteurs : mobilier, verre, céramique, textiles et objets du Danemark, de Finlande, de Norvège et de Suède, retenus par quatre jurys nationaux. Les sièges d'Arne Jacobsen et d'Alvar Aalto sont restés l'image du design nordique, mais c'est cette tournée qui a appris au public à ranger sous un même nom le bois clair, la ligne simple et le textile qu'on a envie de toucher.
La grammaire tient en peu de mots : clair, mat, une seule figure
La palette part du fond : écru, crème, sable, gris perle, parfois un blanc franc. Une couleur peut s'y ajouter à condition d'être éteinte, un rose poudré, un bleu gris, un vert sauge, un jaune paille. Le noir n'y sert que de trait. Quand il occupe la moitié de la surface, on a quitté le scandinave pour l'univers des tapis noir et blanc.
Une seule figure par tapis, et petite à l'échelle de la surface : un losange répété, une rayure régulière, un chevron, un triangle. Souvent, le relief remplace le dessin. Un tufté qui creuse ses losanges dans un fond uni, une boucle qui forme des côtes, un tissage plat dont on voit la trame : la figure se révèle quand le jour arrive de biais, plus que par la couleur, et c'est ce qui la rend lente à lasser.
Le toucher compte autant que la figure, et c'est là qu'une fiche se lit avec attention. Dans le Nord, le tapis était de laine, de lin ou de chiffons ; dans le commerce, « tapis scandinave » désigne un style, pas une fibre. Lisez donc la composition sur chaque fiche : Giverny, par exemple, est une microfibre polyester imprimée. Quand un modèle reproduit la main d'une laine, la fiche indique « effet laine », et ces modèles sont réunis avec nos tapis effet laine. Quant au japandi, son proche voisin, il assombrit le bois et réduit encore les objets ; le scandinave garde le fond clair et ajoute du confort.
Posez-le là où la lumière tombe et où l'on marche pieds nus
Au séjour, placez le tapis scandinave du côté de la fenêtre plutôt qu'au fond de la pièce : il reçoit le jour et le renvoie vers le canapé. Sur un chêne blond, prenez-le un ton plus clair que le bois, jamais plus foncé, sinon il creuse un trou dans le sol. Format et position des pieds du canapé : la collection des tapis de salon en traite en détail.
Côté chambre, c'est le premier sol que le pied touche le matin : une mèche rase et serrée ou une trame plate font l'affaire ; le placement autour du lit relève des tapis de chambre. Pour un hall sans fenêtre, le style garde sa logique de lumière, et un petit format clair éclaire le passage ; choisissez-le à poil ras parmi nos tapis d'entrée, il se brosse en un geste. Un tapis rond trouve sa place dans un coin lecture, sous un fauteuil à pieds compas.
Le seul vrai test d'un fond clair, c'est votre plancher un matin de janvier. Le tapis part de chez nous sans frais de port. S'il assombrit la pièce au lieu de l'éclairer, deux semaines après réception vous sont accordées pour le retourner : vous récupérez la somme entière, le transport du retour étant la seule dépense à votre compte. Avant de choisir un format, dessinez-le dans votre pièce avec l'Arpentage, notre simulateur à l'échelle. Dans la grille, regardez d'abord chaque tapis vu d'en haut : la figure et le fond s'y lisent mieux qu'en situation.
Sources
- « Milano, New York, Toronto, Warszawa : when the exhibition machine started », Formkraft, revue de la Danish Crafts & Design Association : Design in Scandinavia, 1954-1957
- Märta Måås-Fjetterström, « Silverryan » (1922), notice NMK 1/2004, Nationalmuseum, Stockholm
- « Danish Modern », exposition permanente, salle de presse du Designmuseum Danmark
- Röllakan, Wikipédia (en suédois)
- Trasmatta, Wikipédia (en suédois)
Questions fréquentes
Tapis scandinave ou tapis nordique : quelle différence ?
Au sens strict, la Scandinavie regroupe le Danemark, la Norvège et la Suède ; les pays nordiques y ajoutent la Finlande et l'Islande. Côté décoration, on emploie l'un pour l'autre : l'exposition qui a fait connaître ce style en Amérique réunissait déjà la Finlande. Les tapis rangés sous l'un ou l'autre nom sont les mêmes.
Un tapis berbère va-t-il dans un intérieur scandinave ?
Oui, c'est même l'un des mariages les plus fréquents : le treillis de losanges bruns sur fond ivoire du Beni Ouarain partage la palette et la retenue du scandinave. La différence tient au trait, volontiers irrégulier chez le berbère, tiré à la règle chez le scandinave. Nos tapis berbères en reprennent le dessin.
Un tapis scandinave doit-il forcément être clair ?
Non, mais il doit rester calme. Un bleu gris, un vert sauge ou une terre cuite éteinte tiennent très bien le rôle, sur un seul ton et avec une figure discrète. Ce qui fait sortir du style, c'est le contraste fort entre deux couleurs saturées, pas la couleur elle-même.
Quelle épaisseur choisir pour un tapis scandinave ?
Une mèche rase ou une trame plate, d'environ un centimètre, garde la figure nette et laisse passer les pieds de chaise. Plus haut, c'est le territoire du rya : plus chaud, mais le dessin se perd dans la mèche. Les plus simples à vivre se trouvent dans la sélection de tapis à poils ras.